Donald Trump et l’automobile, le bras de fer est entamé

On le savait amateur de Rolls et de Lamborghini. Mais le rapport du nouveau président américain avec l’automobile n’est pas seulement affectif, il est aussi politique. Donald Trump a bénéficié des voix des délaissés de l’industrie automobile, notamment dans le Michigan, l’Ohio, le Wisconsin et la Pennsylvanie. Ces États de la Rust Belt (ceinture de rouille), traditionnellement dédiés à cette industrie ont détruit des millions de d’emplois en 20 ans. Et tous ont basculé dans le camp républicain la semaine passée. A ces déclassés qui l’ont élu, le milliardaire a fait une promesse : rapatrier les emplois perdus, majoritairement délocalisés au Mexique. Comment ? En mettant en place son fameux mur le long de la frontière. Un mur qui ne serait pas seulement fait de briques et de barbelés, mais aussi, et surtout, de taxes. Celles que la nouvelle administration compte exiger sur tout produit en provenance du Mexique et qui pourrait s’élever à 35% de son prix.

Légende Photo : Bedminster, N. J.-07/20/09; Photo by Tracy Wilcox/GOLFWEEK

De nombreux constructeurs automobile déjà en colère


Autant dire que les big three (Ford, Chrysler-Fiat, General Motors), mais aussi nombre d’importateurs, ont quelque mal à encaisser l’élection surprise du Républicain. Car le Mexique est le pays de la région qui compte le plus d’usines automobiles.
Outre les marques américaines, Mercedes, BMW et Audi y disposent d’unités de production, tout comme Honda, Toyota et Nissan.

Et les investissements y sont ultra récents puisque Ford a annoncé au mois d’avril dernier, la construction d’une usine pour laquelle il a déboursé 1,6 milliard d’euros et compte embaucher 2 800 personnes.
Pas plus tard qu’au mois de juin, BMW a ouvert une autre usine à San Luis Potosi, toujours au Mexique, pour 2,2 milliards. Et au mois de septembre, c’est Audi qui a coupé le ruban de son unité de production de SUV Q5 à Puebla.

Autant dire que les lobbyistes de toute l’automobile mondiale font déjà le siège de la nouvelle équipe Trump avant même qu’elle ne soit nommée pour tenter de dissuader le nouveau président.
Et, histoire de mettre quelque poids dans la balance de la négociation, GM a annoncé, le jour même de la victoire du milliardaire, la suppression de 2 000 postes dans ses usines US.

Ces constructeurs américains, qui tente d’arracher une suppression, du moins une baisse de la taxe, ont quelques autres arguments à faire valoir à Washington, au delà de ce simple chantage à l’emploi. Car l’industrie auto américaine va bien. Très bien même. Elle a fabriqué l’an passé 12 millions de voitures sur son propre sol. Detroit renaît de ses cendres après le cataclysme de 2008 et certaines usines ont rouvert leurs portes. Quant aux délocalisations, elles permettraient, selon les constructeurs américains « de payer les salaires et les retraites de leurs salariés US. »

Le message pourrait être entendu à Washington. Pas sûr qu’il le soit chez les laissés-pour-compte de la renaissance de cette industrie, qu’ils soient à Flint ou à Detroit.